« Un vent nouveau souffle sur l’enseignement supérieur en Afrique » (Amadou Diaw, ISM)

« Un vent nouveau souffle sur l’enseignement supérieur en Afrique » (Amadou Diaw, ISM)

« Un vent nouveau souffle sur l’enseignement supérieur en Afrique. Le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Niger… Tous ces pays offrent des opportunités pour s’implanter. Les Etats mettent à disposition des espaces, la technologie émerge et puis surtout il y a un marché. Pas pour des promotions gigantesques certes, mais indéniablement la demande est présente, car l’offre est quasi inexistante », indique Amadou Diaw, président du groupe ISM, fondé il y a près de 25 ans, à News Tank, le 24/03/2016. Il brosse un panorama de l’enseignement supérieur en Afrique et dégage les opportunités offertes aux nouveaux investisseurs : « Les institutions françaises ont une bonne image mais il est indispensable de venir dans une dynamique partenariale.

» Fondateur de la première Business School en Afrique de l’Ouest francophone, Amadou Diaw, 54 ans, est économiste de formation. Il dirige le groupe ISM, fondé en 1992, et qui compte aujourd’hui 17 000 alumni, 5 000 étudiants, 12 campus et cinq lycées. Il a été directeur exécutif de la Confédération nationale des employeurs au Sénégal. Président de la Conférence des grandes écoles du Sénégal, il est à la tête des principales instances représentatives de l’enseignement supérieur privé du pays et membre fondateur de l’Association of African Business School.

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Amadou Diaw répond aux questions de News Tank

L’Afrique semble être une destination à la mode pour nombre d’établissements. Pourquoi selon vous ?

«Bon nombre d’institutions françaises souhaitent investir dans une zone géographique historiquement proche»

Amadou Diaw : Il y a 20 ans, il nous était impossible de bâtir des partenariats avec des écoles en Europe, en raison d’une grande méfiance vis-à-vis de notre continent. Aujourd’hui, le phénomène s’inverse. Bon nombre d’institutions françaises souhaitent investir dans une zone géographique historiquement proche. Dans plusieurs pays africains, le privé a très clairement pris le relais du public, à l’initiative de décideurs locaux. Pour revenir à la question, les raisons d’investir chez nous sont liées à une démographie très favorable et à l’espace libre laissé par les universités. De plus, des secteurs économiques comme la téléphonie ou la banque engendrent un boom économique qui nécessite un encadrement intermédiaire formé aux outils modernes.

Quelles sont les zones à potentiel ?

Le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Niger… Tous ces pays offrent des opportunités pour s’implanter sur place. Les états mettent à disposition des terrains, la technologie émerge et puis surtout il y a un marché. Pas pour des promotions gigantesques certes, mais indéniablement la demande est présente car l’offre est quasi-inexistante dans certains pays d’Afrique.

Quelle est la nature de ce potentiel ?

En 2100, la moitié de la population mondiale sera sur le continent africain. Les besoins en ressources humaines seront considérables dans divers domaines : management, ingénierie, santé, énergie, agronomie, etc. Les pays auront besoin d’ouvrir de nouvelles filières. Ce que nous faisons déjà au niveau de l’ISM avec l’informatique et le juridique. Demain, nous irons sur l’ingénierie ou les sciences. Bien entendu, tout ce qui tourne autour des énergies renouvelables est extrêmement porteur. Enfin, signe des temps, nos décideurs politiques en charge de l’enseignement supérieur ont désormais confiance dans leurs propres établissements et y envoient leurs enfants.

Les fonds d’investissements regardent également l’Afrique ?

Oui, très nettement. Ils ont compris que la santé et l’éducation sont des secteurs porteurs. Tout ce qui a trait au capital humain est intéressant. Après avoir investi dans les matières premières ou les infrastructures, ils regardent avec intérêt cette nouvelle activité.

Vous avez créé une école de commerce au Sénégal. Quel est l’état du marché dans cette discipline ?

En 20 ans, 200 établissements indépendants ont vu le jour. C’est la même chose en Côte d’Ivoire, au Bénin, au Mali, au Cameroun ou au Gabon. Tout n’est pas forcément d’une grande qualité mais c’est un signe de fort développement. Dans notre discipline, le Sénégal garde le leadership en Afrique francophone. Nous avons une tradition d’excellence qui date des années coloniales. Outre l’ISM, l’IAM, Sup de Co Dakar et BEM (Kedge) se positionnent comme leaders.

Quels sont vos projets avec la France ?

« Les institutions françaises ont une bonne image mais il est indispensable de venir dans une dynamique partenariale »

Notre école s’est associée avec Sciences Po et l’UCT (University of Cape Town) pour lancer un grand projet autour du leadership dans le domaine de l’Executive education, avec l’appui de l’Agence Française du Développement. Cet organisme est incontournable quand un investisseur français souhaite opérer en Afrique. Il y a des moyens et des expertises qui peuvent être mobilisés. Il faut en profiter, car les institutions françaises ont une bonne image mais il est indispensable de venir dans une dynamique partenariale, pas pour chercher exclusivement de nouveaux débouchés. Il appartient à la France de consolider les ponts vers l’Afrique. Il faut développer une culture de la réciprocité. Sinon, nous tomberons à nouveau dans les travers des vieilles relations.

Les frais de scolarité relativement élevés ne sont-ils pas un frein dans un pays en développement ?

Il faut être imaginatif pour permettre aux familles de payer les études. Nous comptons pour le moment sur la solidarité des plus riches vers les moins riches. Mais au fond, nous sommes sur des bases conformes à nos pays : un an de scolarité chez nous coûte l’équivalent d’un ou deux billets d’avion pour aller aux Etats-Unis ou en Europe. Ce sont des échelles que nos compatriotes comprennent bien. A l’instar des pays plus développés, une classe moyenne émerge et souhaite sécuriser l’avenir de leurs enfants. Cela passe, il est vrai, par de gros sacrifices.

Y-a-t-il un clivage entre le monde francophone et anglophone ?

« Le véritable enjeu aujourd’hui concerne le Nigéria, une nation anglophone »

Oui. Pour les Français, il est évidemment plus aisé d’investir dans l’Afrique francophone. Mais chez les anglophones, il est parfaitement acquis que l’éducation supérieure soit payante. C’est sans doute l’héritage anglo-saxon. J’ajoute que le véritable enjeu aujourd’hui concerne le Nigéria, une nation anglophone. L’activité économique et la démographie y sont impressionnantes. La population de ce pays sera supérieure à celle des Etats-Unis en 2045. Il est à noter que ce pays est entouré exclusivement de pays francophones. C’est donc un espace ouvert pour les investisseurs français. Certaines écoles y sont d’ailleurs présentes.

Où en est le secteur public au Sénégal ?

Un élément présent dans cet article ne peut pas être affiché dans un email. Pour le consulter, rendez-vous dans votre espace abonné. Il vit une réforme d’ampleur avec l’appui de la Banque mondiale, pour les infrastructures notamment. En matière de gouvernance, les changements vont amener une plus grande implication du secteur privé. Globalement, sur les 30 dernières années, les facultés liées aux humanités se sont développées aux dépends des filières scientifiques. Face au déficit inquiétant de compétences dans ce domaine, l’Etat du Sénégal a mis en avant une politique orientée vers les STEM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques). Dans ces disciplines, il a des opportunités d’investissement. Le leitmotiv des autorités sénégalaises est devenu : « Le privé et le public sont d’égale dignité. »

La sécurité reste un problème tout de même ?

Il y a un vrai décalage entre ce que nous vivons et la perception européenne. Nous vivons un boom économique et comme partout ailleurs, nous savons que le terrorisme peut frapper n’importe où. Quel est votre système d’accréditation ? Un système existe : le Cames (Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur) qui gère les carrières des enseignants et les équivalences de diplômes. Chaque pays gère aussi son système d’accréditation nationale pour autoriser et certifier les établissements.

Une forme nouvelle, au niveau des business schools c’est l’accréditation proposée par AABS (Association of African Business Schools), comparable à Equis. Mais nous collaborons aussi étroitement avec l’EFMD et l’AACSB pour concevoir nos modèles. Bref, un vent nouveau souffle sur l’enseignement supérieur en Afrique.

Source : education.newstank.fr

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